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Les chroniques Mea-culpa présentent des histoires vraies, sans censure, inspirées du vécu des jeunes familles que nous rencontrons. Tantôt émotives, parfois un peu crues, souvent parsemées d’humour, elles racontent une tranche de votre vie, celle de votre collègue ou de votre fille.

 

 

Je suis assise dans la salle d’attente juste à côté de la salle où ils font les échographies, à l’hôpital.

Je suis entourée de femmes enceintes.

Elles discutent entres elles, comparent leurs dates, leur prise de poids, la taille de leur ventre.

Fausse couche, mort in-utéro

Je suis en colère. Je les déteste.

Mea Culpa.  C’est la vérité, je les déteste.

J’essaie de me dire que ce n’est pas de leur faute, mais je n’y arrive pas. De quel droit discutent-elles de

leur joie, comme ça, en public, sans faire attention aux sentiments des autres ?

On appelle mon nom.

J’entre dans la salle, le médecin me demande d’enlever mon pantalon et mes sous-vêtements. « Va falloir y aller par l’intérieur, ma p’tite madame, parce que vous n’êtes pas assez avancée encore. »

Je me déshabille et je me couche sur la table d’examen pendant que le docteur se prépare.

Pendant ce temps-là je me remémore les dernières heures. J’ai commencé à avoir des saignements, légers au début. J’ai appelé mon médecin de famille, et il m’a dit de ne pas m’inquiéter, mais de quand même passer à son bureau pour qu’il puisse écouter le petit cœur du bébé. Je suis allée. Il a passé plusieurs minutes à chercher le cœur avec son doppler, sans succès. Mais, il m’a rassurée en me disant que parfois en début de grossesse on n’entend pas le cœur facilement. Et il m’a prescrit une échographie d’urgence à l’hôpital.

En chemin, je sentais que je perdais de plus en plus de sang. Je me sentais faible. Mon cœur battait trop vite, trop fort. Et j’avais peur, si peur !

Pourquoi ça m’arrive à moi ? Je l’ai tellement voulu, ce bébé ! J’ai fait tout ce qu’il fallait ! Je fais attention à ce que je mange, je ne bois pas d’alcool, je fais de l’exercice…Pourquoi les femmes dans la salle d’attente avaient toutes leur bébé, elles ? Qu’est-ce qu’elles ont fait de plus que moi ?

 

« Votre date de dernières menstruations ? »

« Ça fait combien de temps que vous avez des saignements ? »

« Avez-vous de la fièvre ? »

Le docteur me pose plein de questions et finit par procéder à l’échographie. Il pousse des boutons, fait cliquer sa souris, regarde son écran. On n’y voit rien, que des formes grises et noires.

Moi, j’écoute.

Il continue à bouger son machin électronique à l’intérieur de moi. Ça fait mal.

« J’ai de la difficulté à bien voir, il y a beaucoup de sang ! »

Il s’arrête, on dirait qu’il voit quelque chose. Il pousse un bouton, fait tourner une roulette. Regarde de plus près. Puis, il soupire, et me pointe une masse grise sur son écran.

« Il est là, votre bébé, ma p’tite madame. On le voit bien. Il est beaucoup trop petit pour l’âge qu’il devrait avoir. Et… »

Il a pris une pause avant de continuer. Mon cœur s’arrête.

« Son cœur ne bat plus. Je suis désolé ma p’tite madame. »

 

Je le savais, au fond de moi.

Je me lève, me rhabille.

Le docteur ne rajoute rien.

 

Je retourne à ma voiture comme une automate. Je vois les gens autour de moi qui continuent à vivre comme si de rien n’était, comme si ça n’avait aucune importance que je sois en train de vivre une si grande perte. J’ai l’impression d’être dans un film ou dans un mauvais rêve.

Et pourtant non. C’est vrai.

Je porte les mains à mon ventre, plein d’un petit bébé sans vie. Les larmes coulent toutes seules sur mes joues et mouillent mon chandail.

 

Comment ça se fait que tu es parti ?

Qu’est-ce que je t’ai fait ?

Est-ce que c’est parce que tu trouvais que je ne serais pas une bonne mère pour toi ?

Toutes ces questions resteront toujours sans réponse, et ça me fâche tellement !

 

Je prends une grande inspiration, j’essaie de respirer calmement, sans succès. On dirait que je manque d’air. On dirait qu’il manque un bout de mon cœur, dans ma poitrine.

Je sais que ce sera comme ça pour le reste de ma vie.

Je serai toujours la maman d’un ange, et il y aura toujours une partie de mon cœur au paradis.

 

Vous souhaitez nous partager votre Mea-culpa ? Écrivez-nous à info@cigogneetbaluchon.com. Vous pourriez faire partie des coups de coeur de notre équipe et voir votre texte publié sur notre blogue ! 

 

 

2017-05-29T12:46:39+00:00

Un commentaire

  1. Maude Cossette 1 février 2016 à 20 h 31 min - Répondre

    Je pense sincèrement que dans la vie, il y a des choses qui arrivent pour aucune raison. Des choses que rien n’explique. Rien.

    C’en est une. Courage.

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